Sur les hauteurs d’Antibes, à l’écart du tumulte du littoral, se cache un lieu hors du temps : la Fondation Hartung-Bergman. Nichée au cœur d’une oliveraie centenaire et née en 1994 elle conserve l’héritage de deux figures majeures de l’art du XXᵉ siècle, Hans Hartung et Anna-Eva Bergman. Ce domaine unique, où ateliers, maison et nature méditerranéenne dialoguent en parfaite harmonie, offre au visiteur une immersion rare dans l’univers intime de ces deux créateurs.
La rencontre d’Hans Hartung et d’Anna-Eva Bergman
Hans Hartung, né en 1904 à Leipzig, et Anna-Eva Bergman, née en 1909 à Stockholm, se rencontrent dans le quartier de Montparnasse à Paris en mai 1929. C’est le coup de foudre, ils se marient le 28 septembre et partagent leurs premières années de création.
En 1933, Bergman et Hartung qui avaient fait construire une maison cubique aux Baléares, tombent malades (le paratyphus, à cause des rats) et deviennent l’objet d’accusation d’espionnage de la part de la population locale. Ils quittent les lieux en 1934, leur demeure sera détruite par la guerre d’Espagne.
Pourtant, leurs chemins divergent en 1937 : Hans s’installe en France tandis qu’Anna-Eva retourne en Norvège, puis en Allemagne.
Hans Hartung rencontre le sculpteur espagnol et fervent républicain Julio Gonzàlez dont il va épouser la fille Roberta. Anna Eva Bergman quant à elle se marie avec Fridhjof Lange, un industriel norvégien
Après plus de vingt ans séparés avec Anna Eva bergman, leur passion artistique et humaine les réunit de nouveau en 1952. À partir de ce moment, ils ne se quitteront plus. Ensemble, ils choisissent Antibes pour bâtir leur maison et leurs ateliers, au cœur d’une oliveraie méditerranéenne. Leur vie commune s’achève à la fin des années 1980, Anna-Eva s’éteignant en 1987 et Hans deux ans plus tard, laissant derrière eux un héritage artistique immense.
L’univers artistique d’Anna-Eva Bergman
Anna Eva Bergman a 16 ans quand elle décide de se consacrer à des études artistiques à l’école d’Etat pour l’art et l’artisanat et à l’Académie des beaux arts d’Oslo jusqu’en 1927, la prestigieuse école des arts appliqués de Vienne en 1928 et l’Académie privée du peintre André Lhote à paris en 1929. Anna-Eva Bergman développe une œuvre singulière nourrie par ses racines scandinaves. Les paysages du Nord, la mer, les fjords et la lumière polaire inspirent son vocabulaire pictural. Elle utilise fréquemment des feuilles d’or, d’argent ou de cuivre pour donner à ses toiles une dimension intemporelle et spirituelle. Ses formes géométriques, souvent réduites à l’essentiel, évoquent des montagnes, des horizons, des soleils ou des astres. Sa peinture est à la fois minimaliste et poétique, cherchant à traduire l’essence du monde plutôt que son apparence. Loin de l’expressionnisme gestuel de son mari, Anna-Eva incarne une peinture silencieuse, méditative, où la lumière devient matière.
Hans Hartung et la force du geste
Au lycée, Hans Hartung expérimente des productions artistiques à base de taches informelles, aléatoires, à l’encre ou à l’aquarelle sur papier.
En 1924, son baccalauréat en poche, Hans Hartung se forme à l’Akademie für graphische Künste und Buchgewerbe de Leipzig, puis à la Hochschule für der bildenden Kûnste de Dresde, à l’Academie d’André Lhote à Paris et enfin à l’Akademie der pildenden Künste de Munich en 1928. Sa première exposition à lieu en 1931 à Dresde.
Hans Hartung est une figure majeure de l’abstraction lyrique. Son parcours est marqué par une recherche constante de liberté formelle. Ses toiles se caractérisent par des traits vifs, des griffures et des projections de couleurs qui traduisent une énergie brute. Toujours en quête d’innovation, il expérimente avec des outils atypiques : pulvérisateurs, brosses métalliques, branches ou râteaux deviennent des prolongements de sa main. Sa peinture exprime la tension entre chaos et maîtrise, entre fragilité humaine et vitalité artistique, faisant de lui l’un des grands pionniers de l’art abstrait du XXᵉ siècle. Hans Hartung était un grand mélomane tout comme Anna Eva Bergman. Dans son atelier on peut entendre du Jean Sébastien Bach, musique omniprésente lors de ses créations.
La Fondation Hartung-Bergman, héritage vivant à Antibes
Aujourd’hui, la Fondation Hartung-Bergman conserve et valorise cet héritage unique. Les ateliers des deux artistes, restés intacts, offrent une immersion rare dans leur univers créatif. Les jardins d’oliviers, la lumière méditerranéenne et l’architecture sobre du lieu prolongent leur vision d’un art en dialogue constant avec la nature. Plus qu’un musée, la fondation est un centre de recherche et un lieu d’exposition où l’œuvre de Hartung et Bergman continue de dialoguer avec la création contemporaine. En visitant ce site exceptionnel, le public découvre non seulement deux destins hors du commun, mais aussi une histoire d’amour et de création qui a marqué durablement l’art du XXᵉ siècle.






































































Fondation Hartung et Bergman
173, chemin du Valbosquet
06600 Antibes
Sur réservation
Du lundi au vendredi, de 10h à 18h
https://fondationhartungbergman.fr/